Psilocybine : qu’est-ce que c’est et quelle est sa situation juridique actuelle ?

Bouquet de champignons à chapeau brun dans un bol en verre
Òscar Parés Franquero
Écrit parÒscar Parés FranqueroLicenciado en filosofía y en antropología. Fundador y CEO de Clínica Synaptica.
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La psilocybine est un composé chimique présent dans certaines variétés de champignons (1). Elle est considérée comme une « drogue classique » et est utilisée depuis des siècles par des groupes autochtones d’Amérique centrale pour faciliter des expériences spirituelles et des rituels religieux (2,3). Récemment, on a également découvert en Espagne une peinture rupestre d’environ 6 000 ans représentant les propriétés hallucinogènes des champignons, et d’autres du même style ont été trouvées sur le continent africain (4), ce qui témoigne de l’usage historique de cette substance à l’échelle mondiale.

Effets et usage thérapeutique

Parmi les effets subjectifs de la psilocybine, cette substance produit généralement des modifications de la perception visuelle et sensorielle, des altérations du sens du temps, de la pensée et de l’humeur, ainsi que de la synesthésie et des illusions (5). Ces effets sont souvent associés à des expériences mystiques ou spirituelles, qui peuvent impliquer des sentiments de connexion avec l’univers et avec les autres, des expériences de profonde beauté et d’amour, ainsi que d’autres expériences de ce type, étroitement liées à une vision positive de la vie (6). Il existe également des preuves que la psilocybine accroît la connexion émotionnelle avec soi-même, le bien-être psychologique, l’empathie et la satisfaction à l’égard de sa propre vie (6,7).

Récemment, l’intérêt pour cette substance a augmenté en raison des résultats prometteurs obtenus dans la réduction des symptômes de plusieurs troubles mentaux, tels que la dépression, l’anxiété, le trouble obsessionnel-compulsif, ainsi que dans la réduction de l’anxiété liée au processus de deuil. Certaines données indiquent aussi une réduction des comportements addictifs, en particulier en ce qui concerne l’alcool et le tabac (8,9,10).

De plus, une étude de 2012 menée par Carhart-Harris et ses collaborateurs (11) a utilisé l’imagerie par résonance magnétique pour montrer que la psilocybine semble augmenter l’activité neuronale des individus, en élargissant la connectivité de régions du cerveau qui ne sont normalement pas en contact les unes avec les autres. Cela induit des états temporaires de neuroplasticité dans le cerveau, rendant les sujets plus réceptifs non seulement à certaines fonctions cognitives, mais aussi au contenu de la psychothérapie.

Il est important de souligner que le mode d’utilisation de la psilocybine est déterminant lorsqu’on considère ses bénéfices potentiels. Les fameux « bad trips » peuvent provoquer des effets négatifs durables (12) s’ils ne sont pas correctement intégrés, et le « microdosage », aujourd’hui très en vogue, qui consiste à prendre de très petites quantités tous les quelques jours (en théorie, la dose devrait être suffisamment faible pour ne provoquer aucun effet psychédélique notable), ne montre à ce jour aucune preuve fiable (13). En revanche, plusieurs études démontrent que même une seule séance avec des doses de psilocybine plus élevées peut avoir des effets positifs durables (14,15,16,17), ce qui montre l’impact que ce type de psychothérapie pourrait avoir sur les soins de santé, comparé à l’usage à long terme des antidépresseurs, auxquels de nombreuses personnes ne répondent même pas de manière adéquate. Combinée à un programme psychothérapeutique, la psilocybine pourrait apporter d’innombrables bénéfices dans le contexte clinique.

Situation juridique

Aux États-Unis, la psilocybine se trouve actuellement en phase 3 d’essais cliniques pour le traitement de la dépression résistante, ce qui signifie qu’elle est à un stade d’évaluation très avancé avant son approbation officielle pour ce traitement. En Europe, COMPASS a récemment publié son étude de phase 2b, dont les principaux résultats montrent une réduction rapide des symptômes dépressifs après une seule dose de la substance, avec un maintien positif après 12 semaines (18).

Malgré son intérêt scientifique et thérapeutique croissant, l’usage de la psilocybine reste illégal dans la plupart des pays, y compris en Espagne. Selon la législation en vigueur, cette substance demeure classée comme substance interdite (19). Bien qu’il existe un débat croissant sur l’opportunité de réviser la législation relative aux substances psychédéliques, elle est actuellement illégale et inaccessible, tant pour un usage clinique que récréatif dans le pays.

C’est pourquoi, à Clínica Synaptica, nous n’utilisons ni ne proposons de thérapie assistée par la psilocybine ni d’autres traitements à base de psilocybine. Nous nous engageons à diffuser les connaissances actuelles sur ses bienfaits thérapeutiques et à suivre de près les avancées scientifiques et les changements législatifs, mais tant que les lois ne le permettront pas, elle ne fait malheureusement pas partie de nos services.

References

  1. Reiff, C. M., Richman, E. E., Nemeroff, C. B., Carpenter, L. L., Widge, A. S., … Rodriguez, C. I. (2020). Psychedelics and Psychedelic-Assisted Psychotherapy. American Journal of Psychiatry, appi.ajp.2019.1. doi:10.1176/appi.ajp.2019.19010035
  2. Nichols, D. E. (2016). Psychedelics. Pharmacological Reviews, 68(2), 264–355. doi:10.1124/pr.115.011478
  3. Samorini, G. (2019). The oldest archeological data evidencing the relationship of Homo sapiens with psychoactive plants: A worldwide overview. Journal of Psychedelic Studies, 3, 1-18. https://akjournals.com/view/journals/2054/3/2/article-p63.xml
  4. Earliest evidence for magic mushroom use in Europe [Internet]. New Scientist. 2011. Available from: https://www.newscientist.com/article/mg20928025-400-earliest-evidence-for-magic-mushroom-use-in-europe/
  5. Passie, T., Seifert, J., Schneider, U., & Emrich, H. M. (2002). The pharmacology of psilocybin. Addiction Biology, 7(4), 357–364. doi:10.1080/1355621021000005937
  6. Griffiths, R., Richards, W., Johnson, M., McCann, U., & Jesse, R. (2008). Mystical-type experiences occasioned by psilocybin mediate the attribution of personal meaning and spiritual significance 14 months later. Journal of Psychopharmacology, 22(6), 621–632. doi:10.1177/0269881108094300
  7. Lutkajtis, A., & Evans, J. (2023). Psychedelic integration challenges: Participant experiences after a psilocybin truffle retreat in the Netherlands. Journal of Psychedelic Studies, 6(3), 211-221. https://akjournals.com/view/journals/2054/6/3/article-p211.xml
  8. Carhart-Harris, R.L., Bolstridge, M., Day, C.M.J., et al. (2018). Psilocybin with psychological support for treatment-resistant depression: six-month follow-up. Psychopharmacology, 235, 399–408. https://link.springer.com/article/10.1007/s00213-017-4771-x
  9. Breeksema, J. J., Niemeijer, A. R., Krediet, E., et al. (2020). Psychedelic Treatments for Psychiatric Disorders: A Systematic Review and Thematic Synthesis of Patient Experiences in Qualitative Studies. CNS Drugs, 34(9), 925–946. https://link.springer.com/article/10.1007/s40263-020-00748-y
  10. Wheeler, S. W., & Dyer, N. L. (2020). A systematic review of psychedelic-assisted psychotherapy for mental health: An evaluation of the current wave of research and suggestions for the future. Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice, 7(3), 279–315. https://psycnet.apa.org/doiLanding?doi=10.1037%2Fcns0000237
  11. Carhart-Harris, R. L., Erritzoe, D., Williams, T., et al. (2012). Neural correlates of the psychedelic state as determined by fMRI studies with psilocybin. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 109(6), 2138–2143.
  12. Bienemann B, Ruschel NS, Campos ML, Negreiros MA, Mograbi DC. Self-reported Negative Outcomes of Psilocybin users: a Quantitative Textual Analysis. Carrà G, editor. PLoS ONE. 2020 Feb 21;15(2).
  13. Marschall J, Fejer G, Lempe P, Prochazkova L, Kuchar M, Hajkova K, et al. Psilocybin microdosing does not affect emotion-related symptoms and processing: A preregistered field and lab-based study. Journal of Psychopharmacology. 2021 Dec 17;36(1):97–113.
  14. Goodwin, G. M. et al. Single-dose psilocybin for a treatment-resistant episode of major depression. N. Engl. J. Med. 387, 1637–1648 (2022).
  15. Raison, C. L. et al. Single-dose psilocybin treatment for major depressive disorder: a randomized clinical trial. JAMA 330, 843–853 (2023).
  16. Carhart-Harris, R. et al. Trial of psilocybin versus escitalopram for depression. N. Engl. J. Med. 384, 1402–1411 (2021).
  17. Bogenschutz, M. P. et al. Percentage of heavy drinking days following psilocybin-assisted psychotherapy vs placebo in the treatment of adult patients with alcohol use disorder: a randomized clinical trial. JAMA Psychiatry 79, 953–962 (2022).
  18. COMPASS Pathways. (2022). Interim review: Psilocybin therapy for treatment-resistant depression (Version 15.05). COMPASS Pathways. Disponible en: https://compasspathways.com/wp-content/uploads/2022/11/Compass_Interim-Review_20221031_v15.05.pdf
  19. Observatorio Español de las Drogas y las Adicciones (OEDA). (2022). Informe sobre el estado de las drogas en España. Ministerio de Sanidad. Disponible en: https://pnsd.sanidad.gob.es

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