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Les idées suicidaires, leur impact et leur traitement
Aujourd’hui, le suicide est la quatrième cause de décès chez les jeunes de 15 à 29 ans dans le monde (1). Plus de 700 000 personnes en meurent chaque année dans le monde, et bien plus encore font une ou plusieurs tentatives de suicide. En Espagne, le suicide est la première cause de décès d’origine externe chez les jeunes (2). En raison de la stigmatisation qui l’entoure, beaucoup de personnes cachent ce que l’on appelle l’idéation suicidaire, c’est-à-dire les pensées et la planification autour du suicide. Même si les idées suicidaires ne débouchent pas toujours sur un passage à l’acte, elles comportent indiscutablement un risque important, qui ne fait que croître avec le temps. C’est pourquoi le repérage précoce et un traitement rapide sont essentiels à la prévention, tout comme le fait de lever le tabou qui entoure ce sujet dans la vie quotidienne. À la Clínica Synaptica, à Barcelone (Espagne), nous accordons une attention particulière à ces situations.
Les idées suicidaires ne s’accompagnent pas toujours d’un diagnostic de dépression ou d’une autre maladie, mais elles y sont souvent associées. Les antidépresseurs constituent un traitement possible, mais l’un de leurs principaux inconvénients est leur lenteur d’action : ils mettent plusieurs semaines à faire effet. Il est aussi fréquent de devoir en essayer plusieurs avant de trouver le bon, une période pendant laquelle le risque suicidaire peut être élevé. Sur le plan statistique, des données indiquent également un risque suicidaire accru chez les moins de 25 ans traités par des antidépresseurs de type ISRS (3). En outre, les antidépresseurs ne sont pas recommandés pour tous les patients, par exemple ceux atteints de trouble bipolaire. La psychothérapie est souvent utile elle aussi, mais elle pose le même problème : son action n’est pas immédiate, et face à des idées suicidaires, le temps manque souvent.
Il faut donc une méthode à action rapide, et la kétamine est une candidate potentielle, qui a montré des changements importants dès les premières heures suivant l’administration. Si l’eskétamine, ou S-kétamine, l’énantiomère S de la kétamine destiné à une administration intranasale, a elle aussi donné de bons résultats chez des patients déprimés, les données indiquent un effet nettement plus marqué de la kétamine racémique, généralement administrée par voie intraveineuse, sur la réduction des idées suicidaires (4).
Les données scientifiques
Une étude menée par Abbar et ses collaborateurs (5), publiée en 2022, a examiné l’effet de la kétamine sur les idées suicidaires pendant les six semaines suivant l’administration. Dans sept hôpitaux français, les chercheurs ont recruté au total 156 participants ayant reçu un diagnostic de trouble bipolaire, de dépression ou d’autres troubles psychiatriques (comme le trouble de stress post-traumatique ou le trouble anxieux généralisé). Les participants ont été répartis de manière aléatoire en deux groupes : les uns ont reçu une perfusion de kétamine intraveineuse, administrée deux fois sur une période de 24 heures, tandis que le second groupe a reçu un placebo, une solution saline également administrée par voie intraveineuse. Il s’agissait d’une étude en double aveugle. Plusieurs suivis ont été réalisés au cours des semaines suivantes, pendant lesquelles la prise en charge habituelle des patients s’est poursuivie (consultations à l’hôpital, psychothérapie, entretiens avec la famille, etc.).
Les résultats ont montré que 63 % des patients avaient atteint une rémission complète des symptômes au bout de 3 jours, contre 31 % sous placebo. Chez 43 % d’entre eux, la rémission complète était obtenue dès 2 heures, et aucune augmentation des idées suicidaires n’a été observée après l’administration de la kétamine. En distinguant les trois groupes étudiés, c’est dans le groupe atteint de trouble bipolaire que l’amélioration a été la plus marquée, avec en outre une absence de variations de l’humeur pendant les jours de traitement. L’amélioration a été nettement moins significative dans le groupe présentant d’autres troubles, mais l’hétérogénéité de ce groupe a pu produire des résultats disparates. Une étude plus approfondie et spécifique de ces autres troubles serait nécessaire pour déterminer si la kétamine est efficace dans leur traitement.
Étonnamment, compte tenu des nombreuses données sur le traitement de la dépression, le groupe ayant reçu un diagnostic de dépression n’a pas connu d’amélioration significative des idées suicidaires. Les auteurs soulignent que ce groupe était le plus sensible au placebo (c’est lui qui s’améliorait le plus sous placebo) et que l’analyse n’a donc peut-être pas été assez sensible pour détecter une différence spécifique entre placebo et kétamine. Des données indiquent aussi que les patients déprimés, surtout en cas de dépression résistante au traitement, ont besoin d’un plus grand nombre de séances pour parvenir à une rémission complète.
Même si le mécanisme exact par lequel la kétamine agit n’est pas connu, des niveaux de douleur ou de souffrance psychologique ont été associés aux idées suicidaires (la souffrance psychologique peut être provoquée, par exemple, par la perte d’un proche, tandis que de nombreux troubles s’accompagnent d’une douleur psychique sans raison apparente) ; on a donc avancé l’hypothèse que l’effet analgésique de la kétamine atténuerait cette douleur mentale. Certains suggèrent que l’action de la kétamine dans la dépression pourrait impliquer le système opioïde, mais cette hypothèse est très débattue. Dans de prochains articles, nous examinerons les théories actuelles et les données sur les mécanismes d’action de la kétamine sur notre corps et notre esprit. Comme pour la dépression, il est essentiel de continuer à étudier l’effet à long terme de la kétamine sur les idées suicidaires, avec des suivis sur plusieurs années évaluant les rechutes et explorant l’intérêt de doses d’entretien. Il ne fait cependant aucun doute que la kétamine peut être d’une grande utilité dans le traitement des idées suicidaires et la prévention du suicide, en particulier pour les populations à haut risque comme les personnes atteintes de trouble bipolaire.
Références
- World Health Organization: WHO. Suicide [en espagnol] [Internet]. Who.int. World Health Organization: WHO; 2021. Available from: https://www.who.int/es/news-room/fact-sheets/detail/suicide
- Suicides chez les adolescents en Espagne : facteurs de risque et données [en espagnol] [Internet]. Save the Children. 2022. Available from: https://www.savethechildren.es/actualidad/suicidios-adolescentes-espana-factores-riesgo-datos
- Kennedy SH, Lam RW, McIntyre RS, Tourjman SV, Bhat V, Blier P, et al. Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) 2016 clinical guidelines for the management of adults with major depressive disorder: Section 3. Pharmacological Treatments. Can J Psychiatry [Internet]. 2016;61(9):540–60. Available from: https://dx.doi.org/10.1177/0706743716659417
- Siegel AN, Di Vincenzo JD, Brietzke E, Gill H, Rodrigues NB, Lui LMW, et al. Antisuicidal and antidepressant effects of ketamine and esketamine in patients with baseline suicidality: A systematic review. J Psychiatr Res [Internet]. 2021;137:426–36. Available from: https://dx.doi.org/10.1016/j.jpsychires.2021.03.009
- Abbar M, Demattei C, El-Hage W, Llorca P-M, Samalin L, Demaricourt P, et al. Ketamine for the acute treatment of severe suicidal ideation: double blind, randomised placebo controlled trial. BMJ [Internet]. 2022;e067194. Available from: https://dx.doi.org/10.1136/bmj-2021-067194
À la Clínica Synaptica, à Barcelone (Espagne), nous proposons une prise en charge spécialisée des idées suicidaires, qui peut inclure, après évaluation médicale, une psychothérapie assistée par la kétamine. En savoir plus sur notre prise en charge des idées suicidaires.



